Français    English
Supervision des coachs       

 

 

Pour le coach, la supervision est une nécessité absolue, soulignée par tous les codes de déontologie des associations professionnelles. L’enjeu n’est pas seulement de « coacher le coach », comme il est parfois indiqué dans certains ouvrages. Il s’agit d’aider celui-ci à surmonter les obstacles qu’il rencontre, personnels ou professionnels. Il doit s’y ajouter une dimension didactique, une dimension déontologique, et éventuellement une dimension éthique. La supervision comporte donc différents aspects, que nous aborderons successivement.

Identifier l’obstacle. Le coach peut rencontrer une difficulté dans l’exercice de son activité, ou avec l’un de ses clients en particulier. En général, la pensée, les émotions ou les mouvements affectifs sont bloqués, ce qui suspend la relation d’accompagnement et empêche le changement du coaché d’intervenir. L’objet de la supervision est alors d’identifier l’obstacle, de le détruire ou de le contourner.

Exemples

Julien a du mal à supporter ce jeune cadre arrogant à qui tout réussit. Ayant lui-même échoué dans une entreprise, il étouffe d’envie et son désir secret est que son client morde la poussière.

Marie éprouve une grande jubilation à être devenue la référence de son client qui la consulte pour un oui ou pour un non. Elle se rend compte que cette relation est contraire à la déontologie, mais ne sait comment la faire cesser.

Auguste ne sait plus quoi faire avec son client qui le manipule et l’instrumentalise. Il comprend que quelque chose doit changer mais il est fasciné, comme par un serpent.

Mélanie est tombée sur une personne qui, en fin de compte, n’a envie de rien. Le coaching avait été prescrit par la DRH qui voyait là une dernière chance pour cet employé.

Anne vit un conflit de loyauté entre un coaché et un prescripteur qui lui font chacun confiance, mais qui ont des objectifs inconciliables.

 

Selon la référence théorique du superviseur, il s’agit alors de comprendre les phénomènes transférentiels (psychanalyse, théories humanistes), ou d’analyser les « patterns » ou le style relationnel (systémie, cognitivisme) qui bloquent la progression du processus. Cette analyse peut se faire de professionnel à professionnel, en co-construction, sur la base d’un savoir partagé entre le coach et le superviseur. Idéalement celui-ci doit aussi maîtriser les mécanismes interpersonnels liés à la différence culturelle.

Maîtriser les techniques. La supervision peut également concerner l’analyse des pratiques, et faire émerger les difficultés techniques rencontrées par le coach. L’analyse des situations doit conduire à leur compréhension, et non à une interrogation sur les limites de la pratique professionnelle : comme il est toujours bon d’apprendre des erreurs commises, la supervision a un prolongement didactique, et le superviseur peut juger judicieux de faire le point sur les concepts et sur les méthodes. Le superviseur se trouve alors placé en situation de sage qui doit délivrer une sorte d’oracle. Mais si la position de tiers lui permet effectivement de jeter un regard neutre sur les aspects formels du processus, il ne faut pas oublier que les méthodes ne remplacent en rien la personne du coach qui demeure le principal moteur du processus.

Développer l’identité de coach. La supervision en arrive dans certains cas à prendre la forme d’un véritable coaching visant, par exemple, à développer chez le coach la confiance en soi. Le superviseur se trouve alors en position de coach de coach. Cependant, le travail sur soi auprès d’un thérapeute est aussi supposé permettre de développer cette qualité ; la question de la frontière entre travail personnel et supervision reste ouverte, bien qu’idéalement il vaille mieux séparer les deux.

Questionner la déontologie et l’éthique. Ces deux notions sont souvent confondues en raison d’une formation insuffisante. Selon le Conseil canadien d’agrément des services de Santé, l’éthique est composée de normes de conduite moralement acceptables que le rapport Belmont de 1978 précise : consentement éclairé des personnes, accès au savoir de l’intervenant, respect. Autrement dit, il s’agit de reconnaître l’autonomie des personnes et de protéger ceux qui, compte tenu de leur personnalité ou leur situation, ne peuvent être autonomes. La déontologie, quant à elle, est l’ensemble des règles régissant l’exercice du métier.

Les psychologues, qui suivent une unité d’enseignement (25 heures de cours plus un examen) sur la déontologie en DESS ou sur l’éthique en DEA, ont une compréhension active de leurs responsabilités. Dans le cas du coach, c’est le superviseur qui tient lieu de garde-fou.

Le cadre de la supervision

La supervision peut se faire sous une forme individuelle ou groupale. Bien entendu, pour qu’il y ait supervision il faut un superviseur, c’est-à-dire un regard extérieur neutre. Il est abusif de croire que l’on peut se superviser mutuellement entre pairs, surtout en groupe, d’autant plus si ce groupe comporte un plus grand nombre de participants. Un groupe est en effet très dominateur et normatif et peut devenir un dictateur impitoyable. Ce travail entre pairs (groupes de pairs) est toutefois très utile pour comparer les pratiques, les expériences et partager les problèmes.

Une autre question fréquemment posée par les coachs débutants est celle de la fréquence des entretiens de supervision. À un extrême du spectre, certains superviseurs acceptent de voir le coach à la demande, tandis qu’à l’autre extrême le cadre de la supervision est très strict, en termes de fréquence, d’horaire et de durée. Un cadre rigide correspond à la conception psychanalytique selon laquelle le transfert s’établit d’autant mieux que le cadre, métaphore de la Loi Fondamentale, est respecté. Un arrangement plus souple correspond à la perspective humaniste, offrant à chacun la « liberté d’être ». La réalité (les exigences des clients) fait que le respect d’un cadre est parfois difficile pour le superviseur ou le coach. En conséquence, le contrat entre les deux acteurs doit tenir compte de cette contrainte, mais s’efforcer de respecter une régularité temporelle et spatiale.

Les qualités d’un superviseur de coach

Comme nous l’avons souligné plus haut, la position de superviseur est difficile à tenir : elle demande une éthique parfaite, un sens clinique aigu, un travail sur soi-même approfondi, une expérience de l’entreprise, la maîtrise de tous les concepts et techniques du coaching, et une compréhension des mécanismes interculturels. Où diable trouver ce mouton à cinq pattes ?

Les groupes professionnels voient souvent le superviseur de coach comme un de leurs pairs, dont le rôle est l’analyse des pratiques par rapport aux canons de leur groupement. Les entreprises qui ont leur propre département de coaching voient le superviseur au service de leur culture. Pourtant, l’expérience de superviseur montre que la principale qualité attendue est précisément l’indépendance par rapport au groupe d’appartenance du coach (société de coachs, entreprise, etc.) ; cette indépendance permet de travailler sur les véritables problèmes et non sur des aspects normatifs issus de ce groupe. En second lieu intervient ce que le coach attend de son superviseur : un regard de sage, le partage des préoccupations, un recadrage ou un garant des limites.

Choisir un superviseur exige donc une réflexion personnelle sur le sens donné au métier. C’est donc une décision difficile.

 

La supervision du coach d’équipe

 

Elle est encore plus indispensable en coaching d’équipe qu’en coaching individuel. En effet, même s’il intervient le plus souvent en tandem, le coach d’équipe est confronté à la complexité et à la violence des projections psychologiques, des transferts et des manipulations diverses habituellement constatés dans une équipe en phase de changement. Si cette confrontation n’a pas lieu, ou se déroule sur un mode mineur, c’est sans doute que le coaching n’est pas abouti et que l’équipe a « réussi » à utiliser son coach afin de ne pas changer !

   La supervision se présente sous trois formes complémentaires : des entretiens individuels entre le coach d’équipe et son superviseur, des ateliers de supervision en groupe et la présence du superviseur observant le coach d’équipe en situation opérationnelle.

 

Les entretiens individuels avec son superviseur permettent notamment au coach d’équipe de travailler sa posture face au groupe et de traiter les cas de relations difficiles avec certains équipiers. Le transfert du client sur le coach peut, par exemple, activer chez ce dernier une zone d’ombre non encore suffisamment nettoyée. Si nécessaire, le superviseur apporte aussi sa compétence commerciale pour repositionner économiquement les interventions du coach d’équipe.

 

– Les ateliers de supervision en groupe prennent soit la forme de groupes d’échanges de pratique des coachs d’équipes entre eux – chacun apportant ses propres cas qu’il soumet au feed back des autres –, soit la forme d’études de cas animés par un superviseur professionnel. Outre la remise en cause technique de la pratique de chacun et la confrontation des comportements individuels et collectifs, ces ateliers permettent de partager une situation de vie de groupe utilisée en direct pour favoriser la prise de conscience des processus internes à l’équipe et de la posture du coach d’équipe. Ce type de supervision accélère aussi la formation et la montée en puissance d’un coach d’équipe débutant. Dans ces ateliers, sont également traitées les questions déontologiques éventuelles.

 

– La participation du superviseur en situation opérationnelle est plus délicate à organiser. Elle nécessite notamment l’accord préalable du client. Cette forme de supervision est néanmoins indispensable pour affiner la posture du coach d’équipe à partir des observations directes du superviseur. Le contexte opérationnel est analogue à celui de la supervision par le coach d’équipe des réunions de travail habituelles de l’équipe (voir chapitre 2). Le débriefing est bien entendu réalisé en privé, en dehors de l’équipe.

 

 


Michel MORAL - SOCIETE SOMICA






Création de Site dynamique: SOFRACS.com